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Brice Tafré

le brancardier chef, passionné d'un métier traumatisant 

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[PORTRAIT] Brice Tafré: le brancardier chef, passionné d'un métier traumatisant

Nommé trois fois de suite "Meilleur brancardier" de l’hôpital Laquintinie, c’est logiquement que ce jeune homme a été nommé Major de ce service. Une responsabilité qui implique résilience et abnégation au quotidien.

Dans la salle des Majors qui jouxte le service d’imagerie et des urgences de l’hôpital Laquintinie de Douala, Bruce Tafré et quelques-uns de ses collaborateurs sont présents. La demi-dizaine de brancardiers présents en salle profite de l’accalmie qui règne pour souffler un peu. talkie-walkie en main, Monsieur Tafré est à l’écoute de toute consigne ou sollicitation des brancardiers dans un service.

Une responsabilité dont il a la charge depuis un an. Depuis lors, son quotidien a complètement changé. «En tant que Major, je dois être au travail à 7h. le Major se doit d'être exemplaire. Si tu viens en retard ou adopte de mauvaises habitudes de travail, les autres brancardiers vont copier cela, et ce n’est pas bien. Je suis à l’hôpital de 6h30 à 18h. Ce n’est pas facile. Je suis souvent-là les samedi pour superviser le travail. Il faut tenir bon. Et je crois que c’est le cas pour moi. Il faut que le service marche. Et pour cela, il faut que mes collaborateurs soient en poste et disponibles, chaque fois que le besoin se fait ressentir », explique-t-il.

Bonne collaboration

En tant que Major des brancardiers, Brice a sous lui, 25 collègues qu’il appelle ses "militaires" avec qui, ils forment, dit-il, les "soldats" de l’hopital Laquintinie. «Diriger 25 personnes, n’est pas facile, encore plus lorsque ceux qu’on a sous ses ordres sont ses ainés en âge et dans la profession. Mais, je m’en sors bien. Nous sommes la vitrine de l’hôpital Laquintinie », se félicite-t-il, avant de poursuivre: «quand je reçois un appel du talkie-walkie, j’organise le travail, et un brancardier se rend-là où on a besoin de nous, puis le travail est bien fait. Nous faisons des efforts qu’il n’y ait pas de plaintes contre nous, ni venant des malades, ou encore du personnel soignant », développe-t-il.

Brice semble avoir trouvé la bonne façon de manager son équipe. «Je suis le plus jeune des Majors. Ce n’est pas facile d’être le supérieur des pères de famille, de manager ses ainés. Les plus âgés des brancardiers n’ont forcément plus la même force, et la même énergie des plus jeunes de notre équipe. Et donc, je m’arrange à les envoyer à des endroits où ils fourniront moins d’efforts comme en Neurologie, Cardiologie, aux Urgences pédiatriques, Radio, Scanner etc...présisément, là où il n’y a pas d’escalier», relève le jeune homme.

Meilleur brancardier

S’il est plus à son aise dans le management de ses «militaires», les débuts n’ont pas été faciles pour lui. «Je me sentais gêné. Mais, ce sont eux-mêmes qui m’ont rassuré et m’ont donné beaucoup de conseils. Certes, il y a quelques moments de colères. Mais, je leur dit que c’est parce qu’il y a trop de pression et nous devons travailler en équipe pour que le travail ne repose pas uniquement sur certains et pour qu’il soit bien fait », explique le major, dont la promotion est intervenue après une série de performances sur le plan professionnel.

Titulaire d’un Baccalauréat C, Brice Tafré a d’abord travaillé comme agent d’entretien dans une société brassicole de la place. Mais, soucieux de faire du bien autour de lui, il se rapproche de sa génitrice, en service à l’hôpital Laquintinie, et lui fait savoir son désir de faire une formation médicale. Un dossier est composé et déposé à l’hôpital.

Quelques temps après, Brice Tafré est appelé, et formé comme brancardier. Un travail qu’il effectue depuis 2019, avec beaucoup de passion. «Brice est toujours disponible. Il est toujours parmi les premiers brancardiers à intervenir lorsqu’un véhicule ou une moto arrive avec un blessé ou un malade», fait savoir un vigile en service aux Urgences de l’hôpital Laquintinie. Des valeurs qui ont surement favorisé sa désignation comme meilleur brancardier, en 2020, 2021 et 2022.

Traumatisme

Une reconnaissance de son travail bien fait. «Le brancardier est la vitrine de l’hôpital. C’est nous qui recevons les malades lorsqu’ils arrivent aux urgences. Le brancardier doit avoir un grand cœur. Il reçoit des blessés, des malades qu’il ne connait pas, et dont il a l’obligation de bien prendre en charge. Il doit travailler avec amour et délicatesse», note-t-il, sourire aux lèvres. Son quotidien est rythmé par les va-et-vient entre la salle des brancardiers et le Service des Urgences où il dirige les patients, blessés et malades qui arrivent et se succèdent parfois. «Nous recevons en moyenne une cinquantaine de malades par jour aux urgences. Dans la nuit, ce rythme varie entre 30 et 40. Cependant, le vendredi, beaucoup de cas d’accidentés nous arrivent», explique celui qui a toujours rêvé d’une carrière dans la médecine. Brice transporte également les patients dans divers services de l’hôpital pour les conduire vers les services hospitaliers qui lui sont indiqués à travers le talkie-walkie.

Lorsqu’il parle de l’accueil des accidentés qui arrivent aux urgences de l’hôpital Laquintinie de Douala, son visage s’assombrit par moments. Les souvenirs des centaines de blessés qu’il a accueillis et transportés sur son brancard défilent dans son esprit. Brice Tafré se souvient particulièrement de l’image de cette jeune fille, la quinzaine à peine entamée, broyée par un camion.

«En 2020, j’ai été traumatisé par le cas d’une fillette de 15 ans, accidentée qui nous est parvenue. Son image reste présente dans ma mémoire jusqu’aujourd’hui. Ses deux membres inférieurs complètement écrasés par un camion. Elle respirait encore. Je l’ai transporté pour les urgences. Mais, elle est morte quelques minutes après. Cela m’a fait très mal. Des images de cette nature, nous en voyons énormément. Ces images nous traumatisent parfois jusque dans notre sommeil. Et parfois pour dormir, je suis obligé de lire la bible», relate-t-il. Des cas tristes qu’il parvient à surmonter au fil des années, et qui ne l’empêchent cependant pas de faire son travail avec amour, passion et dévouement.

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