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parcours atypique d'une hôtesse d'orientation qui voulait devenir journaliste
.[PORTRAIT] Madinatou Abdoul Manani : parcours atypique d'une hôtesse d'orientation qui voulait devenir journaliste
Nantie depuis 2014, d'un diplôme d'agent technique médico-sanitaire, désormais chargée d’accueillir et orienter les patients, la jeune dame originaire de la Région de l'Extrême-nord, cumule 9 ans à ce poste. Elle est incontestablement, l’un des visages les plus connus de l’hôpital Laquintinie, par les patients.
Foulard drapé sur la tête, vêtue de gang, Madinatou Abdoul Manani, debout dans le box de l’accueil et orientation, échange avec une patiente. La quinquagénaire qui vient pour son premier rendez-vous, voudrait avoir de plus amples informations. Madinatou se saisit du carnet, vérifie la validité de son ticket de consultation et l’oriente afin qu’elle soit reçue par le médecin. À cette heure de la journée (10h, ce vendredi 1er novembre 2024), les patients ne se bousculent plus. Et Madinatou a le temps de souffler, converse avec ses deux autres collègues présentes dans le box, ou de vaquer à diverses occupations en rapport avec ses fonctions.
Lève -tôt
Les journées de travail de Madinatou Abdoul Manani commencent très tôt le matin, et certains jours, encore plus, comme ce vendredi, où elle est arrivée à l’hôpital peu avant 6h30. «Il y a un planning des ouvertures au niveau de l’accueil. Il y a des ouvertures de 6h30, pour permettre à ceux qui vont arriver à 7h30 de poursuivre le travail. Aujourd’hui, par exemple, il me revenait, selon le planning, d’ouvrir à 6h30. Dès que j’arrive, je numérote les tickets. Et au fur et à mesure que les patients arrivent, je les leur distribue », renseigne-t-elle. Mais, cela ne se fait pas aussi simplement. Avant de donner le ticket au patient, l’hôtesse qu’elle est, lui pose des questions sur les raisons de sa présence. Et ici, trois cas de figure se présentent.
A l’écoute des patients
Si c’est un patient qui vient se faire consulter pour la première fois, l’hôtesse prends les premières informations sur son état de santé, et les réponses permettront de savoir vers quel médecin-spécialiste, il doit être orienté, Ou alors, s’il devra rencontrer un généraliste. Puis le malade est orienté vers la caisse pour payer carnet et consultation. 3700 Fcfa s’il doit rencontrer un généraliste et 4700 si c’est un spécialiste.
Si c’est un ancien patient qui vient pour un rendez-vous, l’hôtesse vérifie la validité de son ticket de consultation qui est de deux semaines. Si le ticket est encore valide, le patient est dirigé vers le service des rendez-vous. En cas de non validité du ticket, le patient devra acheter un autre ticket de consultation, et revenir vers l’accueil pour recevoir un ticket d’attente, et être orienté vers le médecin qu’il devra rencontrer. Les patients qui doivent se faire consulter par un spécialiste sont orientés vers le service des rendez-vous.
«Lorsqu’ils arrivent, beaucoup de patients ne savent pas qui exactement ils doivent rencontrer. Je suis donc obligée d’échanger avec eux, pour les aider à être bien pris en charge», renseigne-t-elle. Et après sa consultation, le patient revient vers l’accueil prendre les prix des examens à réaliser, est envoyé vers la pharmacie, ou vers les caisses pour acheter les médicaments. «C’est pareil s’il doit se rendre au laboratoire ou à l’imagerie médicale. Après chaque étape, il devra toujours revenir vers nous, pour que nous lui donnions la suite. Idem pour les garde-malades qui doivent toujours revenir vers nous pour prendre les différents prix des ordonnances de leur malade, et sont ensuite orientés vers l’une des caisses pour payer », explique-t-elle.
Un quotidien qui est devenue une routine pour cette jeune dame originaire de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. «À cette heure de la journée, 10h, j’ai déjà épuisé plus de 200 tickets pour patients. On donne les tickets uniquement aux personnes qui vont payer les consultations. Ceux qui ont déjà les consultations valides, sont directement orientés vers les médecins pour consultation. Nous sommes trois personnes dans le box principal», développe-t-elle.
Celle qui voulait devenir journaliste
Cette vie dans une formation sanitaire, Madinatou ne l’avait pas prévue, lorsqu’elle était encore plus jeune. Elle qui occupe ce poste depuis maintenant 9 ans. Lorsque cette dernière entame ses études secondaires au lycée de Maroua-Domayo, après l’obtention de son Cep à l’école de Loudgol-Domayo, dans la région de l’Extrême-Nord, la jeune élève rêve de journalisme. Malheureusement, en classe de Première, son papa décède. Un coup dur qui désoriente la jeune élève qui quitte la région de l’Extrême-Nord en 2008, après l’échec à l’examen du Baccalauréat A4 Allemand. Un examen qu’elle obtiendra en 2009, au lycée de New-Bell à Douala.
Faute de moyens financiers, la jeune bachelière passe trois (3) ans à la maison. En 2012, elle fait une formation d’un an en secrétariat bureautique. Elle se lance ensuite dans les concours, sans succès. Elle n’est pas admise au concours de greffier adjoint, de même qu’au recrutement des 25.000 emplois lancé par le gouvernement. En, 2014, Madinatou tente le concours des agents médico-sanitaire (aides-soignants), spécialisation «agent technique médico-sanitaire », option analyse médicale, lancé par le Ministère de la Santé publique. Elle est admise. La formation dure un an. Lorsqu’elle termine en 2015, elle va se perfectionner au Centre médical d’Arrondissement Pmi Congo, jusqu’en mai 2015. Et en juin, l’hôpital Laquintinie lance le recrutement pour le personnel de l’accueil et orientation. Elle dépose ses dossiers et est retenue. L’agent médico-sanitaire qu’elle est, prend fonction le 09 juin 2015.
Reconnaissance
«J’ai saisi cette occasion d’entrer dans une grande structure comme l’hôpital Laquintinie et j’ai réussi. C’est vrai que je ne suis pas dans mon domaine. Et j’étais convaincu qu’avec le temps, je devais m’y retrouver. Mais, j’ai tellement aimé mon travail que je me sens à mon aise à ce poste. À l’accueil et orientation, je rassure les malades, leur donne le sourire même lorsqu’ils sont fâchés. Et jusqu’ici, je n’ai pas entrepris la démarche pour mettre à profit ma formation», reconnaît-elle. Cependant, «ma formation et mon expérience de laboratoire aident beaucoup les patients. Grace à cela, je parviens à mieux comprendre ce dont souffrent les patients et à mieux les orienter, à comprendre les examens qui leur ont été prescrits et à les rassurer sur la qualité de ces examens, en fonction de ce dont ils souffrent, lorsqu’ils ont des doutes. Ils sont ainsi rassurés et vont payer à la caisse», se réjouit-elle.
Pas de tout repos
Elle parvient également à gérer les malentendus avec les patients. «Certains ne sont pas informés de l’invalidité de leur ticket et viennent au rendez-vous avec un ticket expirée. Et quand on leur dit qu’il faut payer le Rdv, cela devient un problème. Il y a d’autres mésententes avec les patients. Mais, c’est de moins en moins. Cependant, les personnes âgées sont plus compréhensives que les jeunes. Les jeunes oublient les dates de rendez-vous, et même la non-validité de leurs tickets de consultation et lorsqu’ils reviennent ici, cela devient notre problème», regrette-t-elle.
Un dévouement qui ne passe pas inaperçu. Le 13 août 202, Madinatou Abdoul Manani a été nommée Cheffe d’Unité d’Accueil et Orientation. Son travail là-bas consiste à gérer l’équipe de l’Unité d’hôtesses et l’Unité d’Accueil et Orientation. Elle poste les hôtesses dans différentes zones de l’hôpital, afin qu’elles orientent les patients. Et remplace les absents à leur poste. Quand elle n’est pas à l’hopital, cette mère de famille passionnée des débats télévisés et émissions d’informations, s’occupe de sa famille.
Madinatou dit toute sa reconnaissance au Directeur de l’hôpital Laquintinie pour la confiance placée en elle. Elle salue également tout le changement qu’il a apporté dans cette formation sanitaire qui, de par la propreté et la qualité du service, compte désormais parmi les meilleures en matière de prise en charge.
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