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Serge Aurel Nguimbous

le self made man qui s’est bâti à la force de ses bras

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[PORTRAIT] Serge Aurel Nguimbous : le self made man qui s’est bâti à la force de ses bras

Adulte avant l’heure, il a payé tout seul sa scolarité du CE1 jusqu'à l'obtention de son CAP. Celui qui est aujourd’hui responsable des travaux de construction et de réfection des bâtiments à l'hôpital Laquintinie, vient de loin. Il se raconte.

Lorsque nous le retrouvons dans le chantier des travaux de construction du nouveau bâtiment de la Chirurgie bariatrique, situé en face de la pharmacie principale "Betote Dika Akwa", de l’hôpital Laquintinie de Douala, Serge Aurel Nguimbous échange avec l’un de ses collaborateurs. Il donne des orientations concernant les travaux et nous entamons, sous sa conduite, une visite du chantier. Ce bâtiment qui abritait encore récemment le service de Néphrologie, est complètement modifié. Les différentes pièces apparaissent et les murs montés après plusieurs mois de travaux, sous la supervision du Pr Noël Emmanuel Essomba, le Directeur. Serge Aurel et son équipe s’attèlent à faire des raccords. Les délais de livraison de cet impressionnant ouvrage arrivent à grands pas. Et il faut faire vite pour le livrer à temps.

Outre ce chantier, plusieurs autres sont engagés au sein de l’hôpital. Et Serge Aurel Nguimbous doit en faire le tour au quotidien pour se rassurer que les instructions de la hiérarchie sont respectées, et que les travaux avancent normalement. Ainsi se déroule le quotidien de ce quarantenaire, responsable de la maintenance, au Service des infrastructures du génie civil à l’hôpital Laquintinie de Douala (Département de la Maintenance). Celui qui occupe ce poste depuis trois ans, se retrouve à l’hôpital Laquintinie par un concours de circonstances.

Buanderie

«Il y a 5 ans, je suis venu à l’hôpital Laquintinie accompagner ma compagne qui était malade. J’ai rencontré des connaissances qui m’ont demandé pourquoi est-ce que je ne viendrais pas travailler ici. Ils ont tellement insisté que je vienne. Je travaillais à mon propre compte et j’avais des travaux en instance. Après avoir livré ces travaux, j’ai longuement réfléchi avant de rejoindre l’équipe de l’hôpital Laquintinie. J’ai hésité à venir parce que je devais commencer à la buanderie pour laver le linge. Je n’étais pas très content, mais j’ai fini par accepter », raconte ce père de famille.

Dans ce service où il reste pendant un an, le travail est léger et lui permet de faire d’autres chantiers après ses heures de boulot à Laquintinie. Il s’en contente. Mais, pas pour longtemps. Il est ensuite affecté au Service de maintenance. Ici, le travail est plus absorbant. Il n’a pas le temps de faire autre chose. Mais, Serge Aurel se donne à fond dans ce qu’il fait. Au quotidien, il participe à la visite des chantiers avec le top management de l’hôpital Laquintinie, rend compte au Chef du Département de l’évolution des travaux et des difficultés rencontrées, lequel les achemine au Directeur au cours des réunions hebdomadaires qu’il préside.

Travailleur acharné

Serge Aurel Nguimbous ne compte plus les heures de travail. «Nous, les techniciens, n’avons pas d’heure. Nous travaillons en fonction de la pression du travail et de la forme physique. Nous travaillons parfois jusqu’à 17h», relève-t-il avant de lister les travaux actuellement en cours à l’hôpital Laquintinie. Il y a la guérite principale. Nous sommes en train de refaire tout le mur et le bâtiment de la guérite, parce qu’à côté, il y a la crèche qui est flambant neuf. Et le Directeur a dit qu’il ne peut pas avoir un bâtiment complétement défraîchi, à côté d’un autre neuf. Il y a également les travaux à la caisse et à l’accueil, pour améliorer le confort des patients».

Le responsable des travaux de construction et de réfection des bâtiments intervient également dans le biomédical. Cet infatigable travailleur s’occupe parfois à connecter l’oxygène dans tous les services, changer de bouteilles d’oxygène vides, par celles pleines. Il effectue également de temps à autre, des travaux d’électricité. «J’interviens afin qu’aucun service de l’hôpital ne soit dans le noir», fait-il savoir

Enfance difficile

Cette vie, ce parcours, Serge Aurel Nguimbous l’a bâti tout seul, ou presque. Lorsqu’il parle de son enfance, de son parcours scolaire, la peine et la tristesse se dessinent sur soin visage. Il raconte. «Mon parcours scolaire a été catastrophique. Je n’ai pas reçu l’encadrement qu’un enfant doit recevoir», lâche-t-il, avant de poursuivre après quelques minutes de silence. «Ma maman était une femme célibataire. Nous vivions vraiment dans la pauvreté. Voyant toute la peine qu’elle avait à nous nourrir et nous scolariser, je me suis lancé dans le petit commerce, alors que j’étais au Cours élémentaire première année (CE1) et j’ai commencé à payer mes études au CE1. Je le faisais les week-ends, pendant les congés et les vacances pour pouvoir payer moi-même mon école», raconte-t-il.

Second né d’une fratrie de trois garçons, il va donc payer tout seul sa scolarité jusqu’à l’obtention de son Certificat d’Etudes Primaires et élémentaires (CEPE) en 1995 à l’école publique de Tchékani dans le Mbam, à Bafia, puis l’année d’après, le concours pour le lycée technique de Bafia. Au lycée technique, il s’inscrit en 6ème F2, (électroménager). L’année suivante, le jeune garçon qu’il est, déménage pour Yaoundé et s’inscrit au Cetic Charles Atangana, où il reprend la 1ème année en changeant de spécialisation. Cette fois, il choisit la F4, et obtient son Cap en 1998.

La maçonnerie comme choix final

«J’ai changé de série parce que l’électronique était trop exigent en terme de formation. Ma maman n’avait pas d’argent pour me mettre dans un atelier où je devais suivre une formation pratique et payer 50.000 Fcfa. Or, en plus de mon amour pour la construction, dans la formation en maçonnerie, on n’a pas besoin de payer la formation. Dans les chantiers, on te paie, même si c’est 1000 Fcfa par jour et tu te fais facilement de l’argent », se souvient-il. Ainsi, en 1998, après l’obtention de son Cap en Maçonnerie, il abandonne l’école, faute de moyens financiers, et se lance dans la vie active. « J’ai fait tellement d’efforts pour arriver en 4ème année et obtenir mon Cap. Par la suite, l’école était encore plus coûteuse et je ne pouvais plus payer », se désole-t-il.

C’est comme-ça qu’il se retrouve à Douala. Son premier chantier est au CES de Sodiko village par Bonendalè dans l’Arrondissement de Douala 4ème entre 1999 et 2000. Il devait construire des salles de classe. Peu de temps après, il obtient un contrat avec l’entreprise Foma. Après quelques mois de collaboration, l’entreprise lui propose d’être un chef d’équipe avec un salaire de 250.000 Fcfa le mois. Or, en tant que particulier, il gagnait bien plus, et décline l’offre.

Quand il n’est pas à l‘hopital Laquintinie, ce père de 4 enfants se repose chez lui, et passe du temps avec ses enfants. "Je ne veux pas que mes enfants aient la vie que j'ai eu. Je veux toujours être-là pour eux et leur donner toute l'éducation et l'encadrement que je n'ai pas pu avoir", note-t-il. Passionné de films d’action, Serge Aurel est aussi un accro de football.

IM/Hld

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